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NE PERCEVONS-NOUS PAS LA BEAUTÉ ? 
(~par Simon Beauséjour) 
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Par un matin froid de janvier, un jeune homme s'installe à une station de métro de Washington D.C. à l'heure de pointe et se met à y jouer du violon en y appréciant la réverbération sonore exceptionnelle. Il y interprète un total de six pièces de Bach durant une période d’environ 45 minutes ; période de temps suffisante pour que des milliers de personnes puissent le remarquer au passage en se rendant au travail.

Trois minutes passent avant qu'un homme d'âge moyen s'arrête pendant quelques secondes avant de repartir de plus belle. Une minute plus tard, le violoniste reçoit son premier dollar d’une femme qui dépose la pièce de monnaie dans l’étui du violon sans même s'arrêter. Puis, son plus fervent admirateur jusqu’à maintenant, un garçon de trois ans l’examine durant quelques précieuses secondes d’un regard fort impressionné avant de repartir en vitesse avec sa mère qui le tire par la manche de son manteau. Le bilan après 45 minutes de cette performance musicale se résume comme suit : une dizaine personnes qui ont pris le temps de s’arrêter pour un moment ; aucun applaudissement ; aucun commentaire ; très peu de regards ; et un total de $32.17 qui lui ont été donnés par vingt personnes, dont un billet de $20 de la part de la seule personne qui avait reconnu le violoniste Joshua Bell, l'un des meilleurs musiciens au monde.

En effet, ce matin-là du 12 janvier 2007, Bell s’est présenté à la station L’Enfant Plaza et y a joué quelques pièces musicales sur un violon Stradivarius d’une valeur de 3,5 millions de dollars dont « la Chaconne » de Jean-Sébastien Bach, l'une des pièces les plus complexes jamais écrites. Personne ne l’a reconnu ou même écouté, bien que Joshua Bell aie fait salle comble deux jours auparavant dans une salle de spectacle de Boston lors d’un concert pour lequel les billets s’étaient vendu au prix moyen de $100 l’unité

Il s'agit d'une histoire vraie qui à l’époque avait été organisée par le Washington Post dans le cadre d'une expérience sociale sur la perception, le goût et les priorités des gens dont la question de fond était la suivante : dans un environnement banal et un contexte inhabituel ne percevons-nous pas la beauté ?
L'une des conclusions à tirer de cette expérience est la suivante : si nous n'avons pas un moment pour nous arrêter et écouter l'un des meilleurs musiciens du monde jouant la meilleure musique jamais écrite sur un instrument exceptionnel, et ce gratuitement, combien d'autres opportunités manquons-nous?


Bravo Joshua Bell !
Bravo pour le talent et merci de l'avoir mis à contribution aux fins de cette expérience concluante sur la nature humaine et les habitudes du quotidien qui paralysent trop souvent notre côté attentif, notre côté artistique et . . .  notre côté humain.